Dans l'ordre juste, ce n'est pas « l'ordre » qui pose problème… Par Jean-Luc Mélenchon

Publié le par Jean-Luc Mélenchon, ancien Ministre

Près de 80 participants pour cette première réunion de formation.ORDRE ET SOCIALISME : …Contrairement aux suppositions de Michel Noblecourt, ce n’est pas l’ordre qui pose problème dans l’ « ordre juste ». De tout temps, la doctrine socialiste s’est proposée d’établir un nouvel ordre social face au désordre capitaliste. A fortiori en France, où le mouvement socialiste a hérité de la cause plus large de la République, née sous la Révolution française en rupture avec les désordres de l’Ancien régime. Ici l’ordre, c’est le caractère général de la norme, de la loi générale et impersonnelle face à l’anarchie des privilèges et de la réglementation « sur mesure ». En imposant l’intérêt général face au maquis des intérêts particuliers. En construisant un Etat au service du plus grand nombre face à la jungle de la concurrence. En promouvant des services publics face à l’imprévoyance des marchés. En privilégiant la redistribution sociale face au dérèglement de l’égoïsme individuel. En proclamant l’unité et l’indivisibilité de la communauté légale face à la tentation de la régionalisation des droits. A l’inverse, la précarité, la compétition universelle, la main invisible décidant de tout en tous lieux, le droit a géométrie variable d’une région a l’autre, voila le désordre fondamental qui insécurise la vie quotidienne de celui qui vit de son travail, qu’il soit salarié ou petit producteur indépendant, paysan ou artisan. Bref ce n’est pas l’ordre en lui-même qui pose problème pour un socialiste. Mais il existe deux sortes d’ordre. L’un est l’ordre construit par la délibération collective, humain et historique. L’autre est l’ordre pré-établi, qu’il soit divin et éternel ou le résultat d’une mécanique immanente et indépassable réputée relever des lois de la nature, de la main invisible du marché ou de quoi que ce soit de semblable face à quoi la volonté humaine serait impuissante. Quand il se réfère à l’ordre, le mouvement socialiste, et avant lui le mouvement des Lumières, font référence au premier. Dans cet ordre la norme commune est fondée sur la volonté collective des citoyens éclairés, de même que la morale individuelle est fondée sur le libre exercice de la raison. Et sur rien d’autre. Cet ordre est par définition mouvant et transitoire. Pour les républicains et les socialistes, il est émancipateur. C’est le mot clef. L’ordre émancipateur veut placer l’individu et la collectivité en situation de s’émanciper de tout ordre préalable donné. Cet ordre émancipateur conteste donc tout ordre « établi ». Dès lors, il ne reconnaît aucune autre source que la souveraineté du peuple pour conduire les affaires humaines. Ainsi l’article 3 de la Déclaration de 1789 affirme-t-il que « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. » Cet ordre émancipateur fonde le droit du peuple à s’insurger contre toute autorité qui n’émanerait pas de lui. Dès lors républicains et socialistes n’ont donc jamais prétendu « restaurer » ou « rétablir » aucun ordre. Ils ont au contraire toujours œuvré pour que les citoyens construisent eux-mêmes leur histoire en fixant par eux-mêmes les règles du jeu, les formes que l’ordre prendra…. ( Extrait de l’ordre juste n’est pas émancipateur –JL Mélenchon- 12 Novembre 2006) – Lire l’article de JL Mélenchon

 

 

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