L'ordre juste est la doctrine sociale de l'église

Publié le par Jean-Luc Mélenchon, ancien Ministre

L’ordre juste est la doctrine sociale de l’église [1]   L’expression « l’ordre juste » est le cœur de la doctrine sociale de l’église. C’est bien son droit. Le pape actuel en fait un refrain constant de ses interventions concernant le fonctionnement de la société. Sa première encyclique publiée en décembre 2005 s’y réfère abondamment. On se doute que quand Benoît XVI parle d’ « ordre juste » dans son encyclique, ce n’est pas à cet ordre émancipateur du mouvement des lumières qu’il se réfère. L’idée que l’homme puisse se donner à lui-même ses propres lois a toujours été combattue par le dogme chrétien. Benoît XVI a rappelé que la source des malheurs du temps est dans la prétention des hommes à délibérer par eux-mêmes des sources de la morale plutôt que de s’en remettre a celle que Dieu leur enseigne. Ce raisonnement n’est pas nouveau dans ces bouches. L’ordre préétabli et l’autorité en place qui le garanti, ce fut d’abord une seule et même chose dans les textes de référence. Dans sa 1ère épître (2.13), l’apôtre Pierre proclame : « Soyez soumis à cause du Seigneur à toute autorité établie parmi les hommes. » Et Paul de Tarse de réclamer, dans son épître aux Romains (13.1-2) : « Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées par Dieu. Celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi. » Certains pourraient considérer qu’il s’agit là de préceptes datées qui n’engagent plus l’Eglise. C’est perdre de vue le coeur de la doctrine. Celle-ci nie que l’ordre des choses puisse être valablement issue d’une délibération libre de référence. Raison pour laquelle au début du XXème siècle encore, en 1906, luttant contre la République française désormais institutionnellement laïque, l’encyclique du pape Pie X « Véhémenter nos » dénonce la légitimité du suffrage universel ! Il théorisait que « la multitude n’a pas d’autre devoir que celui de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs.»Certes, depuis l’Eglise ne s’oppose plus à la démocratie. Mais elle continue à contester à l’homme et au peuple leur pleine souveraineté pour définir librement leurs normes de vie. Dans sa note doctrinale de 2002 sur les catholiques et la politique, Joseph Ratzinger, alors cardinal, pointait du doigt « ces citoyens qui revendiquent, pour leurs propres choix moraux, la plus complète autonomie ». Et il ajoutait que « toute conception de l’homme, du bien commun, de l’État doit se soumettre au jugement de la norme morale enracinée dans la nature même de l’être humain ». Et de dénoncer dans le même texte « ces révolutions dont le programme commun était de ne plus rien attendre de Dieu, mais de prendre totalement dans ses mains la cause du monde, pour en transformer la condition ». Devenu pape, Benoît XVI confirme qu’une norme morale naturelle et intemporelle s’impose nécessairement à l’action et la raison humaines. Ainsi, pour lui, « avec la Shoah, les nazis voulaient également extirper la racine sur laquelle se fonde la foi chrétienne, en la remplaçant définitivement par la foi fabriquée par soi-même, la foi dans le pouvoir de l'homme». Ceux qui ne misent que sur le pouvoir de l’homme pour conduire leur vie et la société sont donc à ranger avec les nazis ! L’ « ordre juste » que Benoît XVI appelle de ses vœux renvoie donc clairement à un ordre pré-établi, qui dépasse la communauté humaine. Dans cet ordre, chacun reçoit « la part qui lui revient » en vertu d’un dessein qu’il ne peut comprendre. C’est le sens de la subsidiarité chère à Thomas d’Aquin, en vertu de laquelle chacun doit occuper la place et le rôle conforme à une harmonie pré-établie.



[1] Extrait – « L’ordre juste n’est pas émncipateur » Jean-Luc Mélenchon – 12 Novembre 2006

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Publié dans Présidentielles 2007

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