Royal: Rallumons tous le soleils toutes les étoiles
REIMS (envoyé spécial). - Un extraterrestre qui braquerait un télescope, depuis deux jours, sur la capitale champenoise en aurait les antennes en transe à observer ce qui se passe dans la fourmilière socialiste.
Laissons de côté la musique agressive des innombrables discours que personne n'écoute ; le village indien dans lequel les partisans des six motions en compétition débattent des compromis et des alliances sous de grands barnums blancs. Oublions la bise ostensible de Martine Aubry et la poignée de main calculée de Ségolène Royal à Bertrand Delanoë ; les nuées de caméras proportionnelles aux chances présumées de chacun de devenir l'opposant numéro un de Nicolas Sarkozy. Oublions même Benoît Hamon, qui devrait se maintenir jusqu'au bout, et observons ces trois fauves de la politique qui s'affrontent dans le grand hall du parc des Expositions.
Bertrand Delanoë, les yeux cernés et rougis par la fatigue et la cigarette, en appelle, dans un sursaut d'énergie « à tous ceux qui n'ont que des nuances de différence à avoir le courage de se rassembler. » Autour de Martine Aubry qui a eu le tort, à ses yeux, de faire alliance avec le MoDem à Lille ? De Ségolène Royal qui est allée jouer du pipeau sous les fenêtres de François Bayrou entre les deux tours de la présidentielle ? « Je ne veux pas que Nicolas Sarkozy soit le vainqueur de ce congrès », insiste le maire de Paris. Sauf s'il se porte candidat de dernière minute, ses 25 % de voix s'éparpilleront entre les différents protagonistes. Ou qu'une alliance nocturne se noue contre Ségolène Royal.
Que voilà, justement, avec un retard savamment programmé. Qui s'assied, comme par hasard, au bord de l'espace presse. Qui feint, sous l'oeil des caméras, de mettre une dernière main à son discours. Pardon, à son prêche mystico-social. En chemisier blanc, pantalon et chandail gris en V, très tendance, soeur Ségolène, figée comme une icône, parle de « tendresse », de « colère », d'un parti « maternel ». « Nous finirons bien par nous aimer un tout petit peu. » « Nous rallumerons tous les soleils et toutes les étoiles »...
Dans la salle, ses audaces déroutent, énervent ou enthousiasment. Unanimiste, elle propose un parti très élargi. Et, sur le sujet qui fâche le plus, une « consultation directe des militants sur la question des alliances. » Les militants, elle compte davantage sur eux, jeudi, lors de l'élection du premier secrétaire au suffrage direct, que sur les congressistes pour l'emporter.
La partie paraît gagnable. Jusqu'à ce que Martine Aubry s'empare du pupitre pour dire sa « totale détermination ». Calme, carrée, mordante, la maire de Lille démontre « le cynisme » de Nicolas Sarkozy avec férocité. Esquisse un « parti socialiste aux couleurs de la France », promet de « réarmer la puissance publique », d'aller manifester dans la rue... « Je crois qu'il y a une majorité pour faire vivre cette ligne. » Sous-entendu : autour de moi. Grimace chez les royalistes. C'est sûr, Aubry est prête à y aller.La longue nuit où l'on tente une improbable synthèse des motions, promet d'être chaude. Mais ça, personne ne le verra en direct. Pas même un extraterrestre muni d'un télescope.
Michel URVOY. Ouest France
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Laissons de côté la musique agressive des innombrables discours que personne n'écoute ; le village indien dans lequel les partisans des six motions en compétition débattent des compromis et des alliances sous de grands barnums blancs. Oublions la bise ostensible de Martine Aubry et la poignée de main calculée de Ségolène Royal à Bertrand Delanoë ; les nuées de caméras proportionnelles aux chances présumées de chacun de devenir l'opposant numéro un de Nicolas Sarkozy. Oublions même Benoît Hamon, qui devrait se maintenir jusqu'au bout, et observons ces trois fauves de la politique qui s'affrontent dans le grand hall du parc des Expositions.
Bertrand Delanoë, les yeux cernés et rougis par la fatigue et la cigarette, en appelle, dans un sursaut d'énergie « à tous ceux qui n'ont que des nuances de différence à avoir le courage de se rassembler. » Autour de Martine Aubry qui a eu le tort, à ses yeux, de faire alliance avec le MoDem à Lille ? De Ségolène Royal qui est allée jouer du pipeau sous les fenêtres de François Bayrou entre les deux tours de la présidentielle ? « Je ne veux pas que Nicolas Sarkozy soit le vainqueur de ce congrès », insiste le maire de Paris. Sauf s'il se porte candidat de dernière minute, ses 25 % de voix s'éparpilleront entre les différents protagonistes. Ou qu'une alliance nocturne se noue contre Ségolène Royal.
Que voilà, justement, avec un retard savamment programmé. Qui s'assied, comme par hasard, au bord de l'espace presse. Qui feint, sous l'oeil des caméras, de mettre une dernière main à son discours. Pardon, à son prêche mystico-social. En chemisier blanc, pantalon et chandail gris en V, très tendance, soeur Ségolène, figée comme une icône, parle de « tendresse », de « colère », d'un parti « maternel ». « Nous finirons bien par nous aimer un tout petit peu. » « Nous rallumerons tous les soleils et toutes les étoiles »...
Dans la salle, ses audaces déroutent, énervent ou enthousiasment. Unanimiste, elle propose un parti très élargi. Et, sur le sujet qui fâche le plus, une « consultation directe des militants sur la question des alliances. » Les militants, elle compte davantage sur eux, jeudi, lors de l'élection du premier secrétaire au suffrage direct, que sur les congressistes pour l'emporter.
La partie paraît gagnable. Jusqu'à ce que Martine Aubry s'empare du pupitre pour dire sa « totale détermination ». Calme, carrée, mordante, la maire de Lille démontre « le cynisme » de Nicolas Sarkozy avec férocité. Esquisse un « parti socialiste aux couleurs de la France », promet de « réarmer la puissance publique », d'aller manifester dans la rue... « Je crois qu'il y a une majorité pour faire vivre cette ligne. » Sous-entendu : autour de moi. Grimace chez les royalistes. C'est sûr, Aubry est prête à y aller.La longue nuit où l'on tente une improbable synthèse des motions, promet d'être chaude. Mais ça, personne ne le verra en direct. Pas même un extraterrestre muni d'un télescope.
Michel URVOY. Ouest France
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