Notre contribution "Agir à gauche"

Publié le par Jean-Francis Dauriac

 AGIR A GAUCHE

 

 

En cet été 2005, la France est en panne, la France est en crise. La France est aussi en attente. Les signes de cette panne et de cette crise sont évidents : notre économie manque de dynamisme, le social se précarise partout, beaucoup de nos concitoyens ne croient plus à nos institutions ni même au progrès, l’idéologie du rejet triomphe.

 

 

Et pourtant, derrière ce rejet, il y a aussi une attente. Une espérance. La France hésite tant elle craint de nouvelles déceptions. Mais elle est bien là, cette attente, appuyée sur nos atouts, tournée vers la volonté d’un redémarrage de notre pays et de l’Europe, vers une amélioration individuelle et collective.

 

 

Dans ce qui est devenu une véritable crise de régime, la droite porte une responsabilité écrasante. Sans qu’on puisse distinguer entre Jacques Chirac, Président de l’échec, et ses adjoints Sarkozy, Villepin, Raffarin, rivaux en ambition mais égaux en démolition. La gauche, elle, porte une responsabilité immense dans l’espérance ; car c’est autour de la gauche et singulièrement du PS qu’une alternance et une alternative politique sont possibles. En France, le libéralisme ne peut gagner que par lassitude ou par mensonge. Il ne peut susciter un vrai projet collectif puisqu’il repose sur l’égoïsme des intérêts, ni entraîner une adhésion populaire durable puisqu’il privilégie les couches les plus aisées. A la gauche et aux socialistes de redonner une dynamique collective, une perspective, un dessein.

 

 

L’expérience l’a montré : un projet, un contrat de législature, le moment venu un candidat, tout cela demande du temps et nous n’en avons pas beaucoup devant nous. Les grandes échéances de 2007 sont proches. Un important travail reste à accomplir. On peut gagner sur un rejet, on ne peut pas réussir durablement sans un projet. Pour bâtir celui-ci, il nous faut tirer les leçons du passé, être à l’écoute des grands défis du siècle et des soucis concrets de nos concitoyens, proposer et rassembler. C’est l’objectif  affiché de notre prochain Congrès : agissons pour que la réalité y corresponde !

 

 

Nous abordons cette période décisive avec énergie, avec lucidité aussi, en connaissant nos atouts mais aussi nos faiblesses et souvent nos divisions. Nous en sommes au stade des contributions, rien n’est donc figé. Dans la contribution présente, nous avons voulu préciser notre analyse, développer nos propositions à partir de discussions militantes, et surtout tracer une volonté, un chemin. L’alternance et l’alternative : comment ? Vers quoi ? Nous sommes convaincus que de la démarche que nous proposons à tous les socialistes ne peut se réaliser que par la gauche et autour d’un Parti Socialiste fort.

 

 

Voici donc, soumis à la discussion, à la critique, à la réflexion, à l’enrichissement, les axes principaux. Ensemble, nous tenons dans nos mains les clés de notre avenir. Pour agir à gauche.

 

 

 

I - COMPRENDRE

 

 

Les « deux France » dans les urnes

 

 

Le 29 mai 2005, la cassure entre les deux France s’est exprimée avec force dans les urnes. Alors que la France des centres villes et les couches les plus aisées ont souvent choisi le « oui » au référendum sur la Constitution européenne, celle des quartiers en difficulté et des campagnes délaissées, en panne d’espérance, s’est prononcée majoritairement pour le « non ». La dimension sociale du scrutin a été particulièrement marquée : près de 70% des employés et des chômeurs, 80% des ouvriers, une majorité des jeunes ont voté « non ». Ce clivage  exprime une réalité politique : deux électeurs de gauche sur trois, une majorité parmi les socialistes, ont rejeté le traité constitutionnel. Ce vote se situe dans la continuité de celui du 21 avril 2002, qui avait déjà vu plus la plupart des ouvriers et des employés se détourner malheureusement de notre candidat. Mais, à la différence du 21 avril, il n’a pas constitué une surprise pour les électeurs : ce « non », les Français l’ont réfléchi avant d’en faire leur bulletin de vote. Ils attendent désormais que chacun en prenne la mesure.

 

 

La partie de la France qui se trouve en panne d’espérance n’est pas seulement celle des chômeurs, des travailleurs pauvres et des salariés précaires dont le nombre a explosé sous l’effet de la politique de la droite. Elle est aussi celle des couches populaires, des ouvriers, des employés, des petits agriculteurs, qui voient leur statut et leur existence se dégrader ; elle est de plus en plus celle des classes moyennes. Une France confrontée à la baisse du pouvoir d’achat et à la remise en cause des droits sociaux. Une France qui redoute que l’avenir de ses enfants soit de plus en plus difficile. Une France qui se sent décrochée de celle qui garde confiance et qui n’est pourtant pas son adversaire car c’est de nouveau unis que nous pourrons faire face à la mondialisation. C’est d’abord pour cette France que nous devons agir car elle attend un vrai changement, dès lors que celui-ci signifie le progrès et non la régression.

 

 

Cette cassure vient de loin. La politique de la droite, de 1995 à 1997 et depuis 2002, a contribué à l’approfondir. Nous avons collectivement tardé à en prendre la mesure. Récemment encore, notre diagnostic préférait n’évoquer qu’une « société fragmentée » plutôt que de regarder en face le véritable fossé social qu’il nous faut combler. En réalité, les classes populaires ont toujours été hétérogènes. Leur unité n’a jamais été le fruit spontané de l’évolution économique. Elle a été construite par l’action du mouvement ouvrier. Aujourd’hui, il appartient  à notre parti d’assumer ce travail d’unification des catégories populaires et moyennes. Nous ne le pourrons pas si nous nous contentons de disserter sur les peurs, supposées ou réelles, de la société sans les surmonter en dessinant les chemins de l’espoir. La France a de nombreux atouts, et d’abord ses citoyens qui savent se donner aux grandes causes. Pour reconquérir notre base sociale, nous devons lui proposer un nouvel idéal mobilisateur : celui de nos valeurs, la liberté et l’égalité, la justice et la solidarité, traduites en un horizon crédible par nos propositions.

 

 

 

Le progrès pour réconcilier les deux France

 

 

Devant la gravité de la crise et l’ampleur des attentes, des réponses nouvelles sont indispensables. Quels que soient nos choix passés, nous ne pouvons pas faire comme si le 21 avril 2002 et le 29 mai 2005 n’avaient pas eu lieu. D’autant plus qu’autour de nous le monde a changé et que le libéralisme aggrave les inégalités.

 

 

Notre objectif doit être clair : remettre en marche le progrès social en agissant mieux et davantage, d’abord pour la France qui souffre et se trouve en mal d’espérance, mais aussi pour l’autre France, mieux pourvue, plus à l’aise, mais qui a aussi besoin d’une perspective, d’un grand projet. C’est ainsi que nous pourrons réconcilier les deux France. Car redonner à tous un emploi, un logement, un savoir, c’est bâtir une France plus confiante et plus ouverte aux changements et aux modernisations. Une France qui saura se montrer audacieuse et prendre des risques. Une France en mouvement qui pourra reprendre sa place en Europe et face à la mondialisation.

 

 

Réconcilier les deux France, c 'est aussi s’attacher, plutôt que de creuser les cicatrices passées, à réunifier les « non » de gauche et les « oui » de gauche, en partant de ce que nous partageons : réorienter la construction européenne dans le sens d 'une Europe plus sociale, plus déterminée, plus puissante ; construire une alternative pour 2007 qui réponde à la demande forte de changement exprimée par les électeurs. Nous avons pu diverger entre socialistes sur les moyens, mais nous devons être unis sur l’objectif. A présent que les militants ont voté et que le peuple a tranché, c’est l’essentiel.

 

 

 

II – Dans le monde, L’IMPASSE du libéralisme ; en France, l’échec de la droite

 

 

Depuis la chute du mur de Berlin, la démocratie politique dans le monde a progressé. En même temps, le capitalisme mondialisé est devenu plus dur pour les salariés. Il exige de notre part une action déterminée. Si les responsables politiques eux-mêmes pensent qu’ils ne peuvent rien pour améliorer la situation, qu’on ne s’étonne pas que le peuple s’en détourne ! Plus que jamais, nous devons faire preuve de volontarisme.

 

 

Le capitalisme financier veut coloniser la planète

 

 

Une nouvelle division internationale du travail s 'est affirmée, marquée notamment par le développement rapide de la Chine et de l 'Inde tandis que les Etats-Unis poursuivent leur course en tête dans les nouvelles technologies et les services à haute valeur ajoutée. La France et l’Europe sont prises en tenaille par cette concurrence.

 

 

La désindustrialisation et les délocalisations sont, pour une part, les conséquences de la montée en puissance des pays émergents.  Alors que l’accès au développement d’une fraction croissante du monde est en soi une très bonne nouvelle, ces évolutions menacent notre base économique et déstabilisent les salariés.

 

 

La domination de la finance s’est accentuée. La mondialisation des capitaux, de la production et des entreprises entraîne une révision à la baisse des compromis sociaux établis au cours de la période de la guerre froide et des « Trente Glorieuses ». Le partage de la valeur ajoutée avantage de plus en plus les actionnaires et les managers. Les intérêts du consommateur finissent souvent par se retourner contre ceux du travailleur. Les marchés défient les Etats. Le capital domine le travail. La concurrence l’emporte sur la solidarité.

 

 

En même temps que le capitalisme financier, l 'unilatéralisme de l 'hyper puissance américaine s 'est confirmé. Guerre en Irak, refus de signer le protocole de Kyoto ou de reconnaître le Tribunal Pénal International : l 'empire américain veut pouvoir défendre unilatéralement ses intérêts, y compris par les armes. Devant cette détermination, il est indispensable que l 'Union européenne se renforce et propose au monde un autre projet.

 

 

 

 

 

 

L’Europe sans volonté politique suffisante

 

 

Face à la nouvelle division internationale du travail et aux nouveaux rapports de puissance, l 'Union européenne a tardé à s 'adapter. Elle s 'est enlisée dans la croissance molle et le chômage élevé, tandis que la Commission de Bruxelles, directive après directive, s 'efforçait d 'acclimater sur le continent le modèle anglo-saxon de capitalisme. Sa dérive libérale s’est malheureusement poursuivie. Le Conseil européen s’est lancé dans une politique d 'élargissement continu, sans consultation populaire ni réforme préalable des institutions. Même si différents facteurs ont joué, c 'est largement cette crise de l 'Europe –économique, sociale, démocratique, identitaire - qui a entraîné la victoire du « non » aux référendums français et hollandais, après avoir nourri l 'abstention massive (et non l’inverse) aux dernières élections européennes.

 

 

Réorienter la construction européenne dans le sens d 'une Europe plus sociale, volontaire, indépendante, prenant en compte la diversité culturelle de ses Etats, est la ligne choisie par les socialistes. Elle s 'est exprimée à l’unanimité dans les sept conditions posées à notre approbation de la Constitution lors du Conseil national d 'octobre 2003. Elle s 'est incarnée, encore à l’unanimité, dans notre plateforme électorale aux élections européennes de 2004.

 

 

Après le verdict populaire du 29 mai, il nous faut reprendre ce combat. Nous avons pu diverger un temps sur les moyens et l’agenda de l’Europe sociale. Mais nous n’avons jamais cessé, partisans du « non » et du « oui », de nous réclamer d’elle. L’Europe sociale et innovante, puissante et indépendante, doit à nouveau nous rassembler.

 

 

 

En France, l 'échec de la droite débouche sur une crise de régime.

 

 

Depuis juin 2002, la droite a appliqué dans notre pays une politique strictement libérale : réduction injuste de l 'impôt sur le revenu ; fin des emplois jeunes, remise en cause des emplois aidés et des 35 heures ; compression des dépenses publiques pour l 'école, la recherche, la culture ; augmentation des contributions à la sécurité sociale et des déremboursements ; amputation de la protection sanitaire et sociale ; réforme injuste des retraites ; explosion du prix des loyers... Ces mesures ont produit le contraire des effets promis : une croissance faible, inférieure d 'un point à la moyenne européenne, plus de 200.000 chômeurs supplémentaires, 1,2 millions de Rmistes, une baisse du pouvoir d 'achat des salariés.

 

 

A cette régression sociale, s 'est ajoutée la régression démocratique. Jacques Chirac n 'a tenu aucun compte des désaveux populaires, pourtant massifs, exprimés en 2004 aux élections régionales, cantonales, puis européennes. Après dix années sous sa présidence, la France connaît une crise globale : économique, sociale, politique, culturelle, psychologique, et ce n 'est pas le gouvernement Villepin-Sarkozy qui l 'en sortira. Notre Parti doit répondre à la colère, mais aussi à l 'espérance, en ouvrant le chemin de l 'alternance.

 

 

 

III – LES SOCIALISTES devant un choix : accompagnement ou transformation

 

 

Contrairement à ce qui est parfois affirmé, le clivage aujourd 'hui dans le PS n 'oppose pas réformistes et « révolutionnaires ». Nous sommes tous réformistes. Nous avons tous tiré les leçons de la faillite du communisme et de l 'économie administrée. Nous sommes tous prêts à nous confronter à l’exercice des responsabilités. Et nous n’oublions pas que nous avons tous, à un titre ou à un autre, été acteurs du passé, dont nous devons tirer les conséquences.

 

 

Le clivage - au sein de notre parti - sépare en réalité deux conceptions du réformisme : accompagnement ou transformation.

 

Il existe un réformisme d’accompagnement, voire de résignation, face au libéralisme et à ses dégâts. Ce réformisme, rebaptisé parfois « socialisme » à l’approche d’un Congrès, considère que les rapports de force sont devenus tellement défavorables aux salariés qu 'il faut malheureusement réduire nos ambitions. Il se fonde sur une analyse fataliste des effets de la mondialisation, et sur une représentation de notre pays exclusivement comme "société fragmentée", "éclatée", "atomisée" au point que l’action collective deviendrait quasi impraticable, les inégalités apparaissant tellement complexes qu’on ne pourrait plus les faire reculer. Pour ce « réformisme », la nécessité de l’adaptation aux « réalités du monde et de l’économie de marché » a fini par remplacer l’exigence d’un progrès partagé. Puisque la droite se proclame aujourd’hui également réformiste, on peine alors à différencier les uns des autres, pour la plus grande déception de nos électeurs.

 

 

Le réformisme de transformation, lui, tout en se voulant lucide reste convaincu que les rapports de force peuvent être infléchis par la mobilisation sociale et la volonté politique. Ses objectifs et son projet procèdent d 'une analyse plus exigeante des attentes de nos électeurs et des maux d’un capitalisme non régulé tout en veillant à demeurer crédibles.

 

 

Un second clivage oppose réformisme virtuel et réformisme réel. Etre réformiste, en effet, ce n 'est pas seulement proposer des réformes, mêmes audacieuses, c 'est aussi se donner les moyens de les faire aboutir. On peut proclamer légitimement des objectifs généreux, mais si on prive ces objectifs d’une bonne partie des moyens de leur réalisation, on risque alors de se retrouver sans vraie possibilité d’agir. Dans ce cas les objectifs généreux demeurent des réformes virtuelles, qui finissent par décevoir les citoyens.

 

 

Pour le réformisme réel, il n’y a pas de politique progressiste durable sans le soutien et la mobilisation populaires. Et il n 'y a pas de mobilisation efficace sans rassemblement de toute la gauche. La pratique utile des compromis rencontre une limite : lorsque ceux-ci entraînent une désaffection, une démoralisation et un ressentiment populaires. Il y a donc deux réformismes parce qu’il y a deux types de réformes : celles qui entendent réconcilier la société avec le progrès et celles qui ne peuvent, au mieux, que l’aménager à la marge, sans échapper au risque de régression.

 

 

Une lecture différente du réformisme, de ses ambitions et de ses moyens, peut donc séparer les socialistes. Notre Congrès du Mans et les débats qui l’accompagnent devront permettre de  clarifier ce clivage, voire de le dépasser, dans la fidélité à nos valeurs de progrès, de liberté et de justice et dans le souci de l’unité. Nous avons tous été, à des titres divers, associés dans le passé à l’exercice des responsabilités qui a mêlé ces deux réformismes. Nous devons en tirer les leçons. Celles et ceux qui se reconnaissent dans cette contribution font le choix, pour l’avenir, de la transformation plutôt que du simple accompagnement.

 

 

 

 

 

 

IV – LE CAP DE NOTRE ACTION INTERNATIONALE

 

 

Une Europe sociale, puissante et démocratique

 

 

L’internationalisme et l’Europe sont au cœur de notre engagement socialiste. Inspirés notamment par Jaurès, Blum et Mitterrand, nous avons toujours œuvré pour une Europe forte, porteuse d’un idéal de civilisation.

 

 

Aujourd’hui, l’enjeu de l’internationalisme se pose dans des termes assez nouveaux. Nous ne pouvons pas accepter, au nom de notre engagement européen et de notre internationalisme, une mise en concurrence généralisée et brutale des salariés, des systèmes sociaux et des modèles économiques, à la fois à l’intérieur de l’Europe et à l’échelle du monde.

 

 

Le véritable internationalisme, celui auquel nous sommes attachés, porte l’ambition de la solidarité, pas le culte de la « concurrence libre et non faussée ». Au lendemain du 29 mai, notre responsabilité est désormais d’offrir un débouché politique et européen à ce vote. Les Français, notamment les jeunes, sont pro-européens, mais ils veulent que l’Europe change. A nous de reprendre l’initiative dans cette direction.

 

 

 

L’Europe est confrontée aujourd’hui à plusieurs crises.

 

 

¨       Une crise économique et sociale. Avec un taux de croissance en 2005 autour de 1,6% pour la zone euro (contre 3% aux Etats-Unis) notre économie piétine. Avec plus de 20 millions de chômeurs et un taux de chômage au-dessus de 8%, nos sociétés souffrent. Avec un phénomène de délocalisations à la fois interne et externe, notre tissu économique est fragilisé. La prospérité a toujours été une promesse de l’Europe. Si elle n’est pas là, les peuples ne se sentent plus au rendez-vous du projet européen.

 

 

¨       Une crise politique et de projet. Nous ne sommes pas parvenus à réformer nos institutions communes au moment même où l’élargissement les rendait inadaptées. Les politiques de l’Union n’ont pas été suffisamment approfondies. Les frontières sont de plus en plus floues. Souvent l’Europe n’avance plus, elle dérive.

 

 

Comment en sommes-nous arrivés là ? En réalité, plusieurs logiques coexistent en Europe depuis dix ans : la démarche britannique d’une Europe libérale réduite à un grand espace de libre-échange ; la démarche Chirac d’une Europe dite « à la française », mais sans moyens ni solidarité. Il n’est pas étonnant que la confrontation diffuse de ces logiques n’ait rien donné de bon. Récemment  encore, elle a fait échouer les discussions sur les perspectives financières de l’Union pour les années 2007-2013. Disons-le clairement : ni Blair, ni Chirac, il faut une volonté nouvelle pour l’Europe.

 

 

Notre projet pour l’Europe

 

 

Les Européens attendent de l’Europe qu’elle soit plus humaine, plus démocratique et qu’elle les protège vraiment. Cela suppose d’opérer des choix clairs, qui nous distinguent des conservateurs et répondent concrètement aux attentes de nos électeurs. Pour retrouver le chemin d’une Europe démocratique, sociale et puissante, au moins quatre séries d’initiatives sont nécessaires et possibles. Nous les proposons.

 

 

¨       Concernant les perspectives financières 2007-2013, il est profondément regrettable que les chefs d’Etat et de gouvernement aient été incapables de s’accorder. Cet échec est significatif d’une conception frileuse de l’Europe symbolisée par le Premier Ministre britannique et qui n’est pas sans lien avec la crise de la social-démocratie européenne face à la mondialisation libérale. Nous ne voulons pas de cette approche. Nous devrons soutenir, contrairement à J. Chirac, une revalorisation globale du budget européen (consacrée largement à la solidarité avec les nouveaux membres), tout en défendant les paysans et le monde rural, ce qui n’interdit nullement des évolutions internes à la PAC pour la rendre plus juste, plus solidaire et donc plus opérante. Dans le secteur agricole, nous mènerons une politique résolue reposant sur la régulation des marchés au niveau européen sur la relègitimation des soutiens publics en faveur de la petite et moyenne exploitation. Cette action marquée par l’équité permettra un développement équilibré des territoires ruraux, adapté à chaque région et préservant l’environnement. Au plan national, une réforme des structures et des organismes de l’agriculture sera nécessaire.

 

 

Parallèlement, nous demanderons le retrait des directives contestables (Bolkestein, transports, etc…), contraires à notre vision d’une Europe sociale. Nous militons en faveur d’une directive sur les services publics qui permette de sécuriser clairement l’existence de nos services publics.

 

 

¨       Pour remettre l’Europe au service des citoyens, nous avons besoin d’un cadre institutionnel plus efficace, démocratique, permettant une intégration différenciée et des politiques recentrées sur les missions essentielles de l’Union. La Constitution doit être simple, courte, lisible : elle doit se centrer autour des institutions, des valeurs et de la Charte des Droits. Elle doit être différenciée : les « coopérations renforcées » doivent être assouplies pour permettre la formation d’un groupe moteur. Préparons sa renégociation, fixée à 2007.

 

 

¨       Les politiques de l’Union et les règles qui les définissent n’ont pas leur place dans un texte de cette nature.  Souvent inadaptées et insuffisantes, elles doivent être rediscutées. A cet égard, notre priorité, c’est la réforme de la gouvernance économique et monétaire dans un sens favorable à la croissance et à l’emploi. Il faut revoir les objectifs de la BCE et son articulation avec l’Eurogroupe ; en finir avec la politique de l’euro cher ;  doter l’Europe de véritables moyens budgétaires et d’une stratégie industrielle, de recherche ainsi que de grandes infrastructures à l’échelle du continent. Notre objectif, ce doit être la croissance et l’emploi, pas seulement le commerce et la stabilité des prix. Une stratégie d’harmonisation fiscale et sociale par le haut au sein de l’Union doit compléter ce dispositif : c’est la question des critères de convergence sociale et des modes de décision – qui devront voir l’abandon de la règle de l’unanimité.

 

 

¨       Des initiatives précises devront être proposées aux pays eurovolontaires afin de former un premier cercle agissant dans des domaines de coopérations renforcées (défense, recherche, technologies, fiscalité, social…). Ce cercle restera ouvert aux autres pays. La France et l’Allemagne pourront donner l’exemple en s’associant plus vite et plus étroitement, y compris dans une armée commune. Là comme ailleurs, Jacques Chirac a fait fausse route en accordant la priorité à une défense étroitement nationale.

 

 

L’ensemble de ces propositions doit permettre d’avancer. A condition, bien sûr, que certains dirigeants ne cherchent pas à justifier à posteriori leur propre « oui » par un blocage envers toute avancée alternative. Ce serait un déni de démocratie !

 

 

 

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Publié dans Qui sommes nous

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