
Le CPE a été rejeté par une large majorité de la jeunesse et des salariés parce qu’il a été perçu, à juste titre, comme une stigmatisation de la jeunesse, et comme un pas de plus vers la précarité et la remise en cause pour tous du code du travail. Par Geneviève Wortham , Conseillère régionale d’Ile de France. Cela devrait nous interroger, nous socialistes. Certes, ce mouvement social a affaibli la droite, et nous a permis de redorer un peu un blason qui était quelque peu terni. Mais nous ne gagnerons pas en 2007 en pariant sur les faiblesses du camp d’en face. Les Français nous jugerons sur nos propositions, sur notre capacité à rassembler la gauche d’abord, avant de rassembler les Français. Ces propositions doivent prendre en compte ce qui a émergé à travers la mobilisation contre le CPE. Une stigmatisation de la jeunesse : Il est apparu aux yeux de tous, et en premier lieu des jeunes, que le CPE était une mesure discriminatoire négative. Puisque vous n’arrivez pas à trouver du travail, nous vous proposons un contrat dérogatoire au code du travail, qui vous assurera moins de droits qu’aux autres salariés. Cela était évidemment inacceptable. Mais de façon plus générale, est-il normal, judicieux, efficace, d’avoir des contrats spécifiques pour les jeunes, même lorsqu’ils ne leur sont pas défavorables. Toutes les catégories d’âge, toutes les catégories sociales, sont touchées par le chômage. Si nous voulons regarder de près, le taux de chômage est plus important que dans la moyenne nationale chez les jeunes certes, mais aussi dans certaines banlieues, ou dans certaines régions touchées par la désindustrialisation, chez les seniors ; le chômage partiel (temps partiel subi) touche en priorité les femmes. C’est-à-dire qu’en fait, le problème, ce n’est pas le chômage des jeunes, c’est le chômage de masse que connaît l’ensemble des salariés. Et évidemment, ce sont les plus fragiles, donc les jeunes, les femmes, les habitants de certains quartiers… qui sont touchés les premiers et le plus fortement. Réduisons le chômage, le chômage des jeunes baissera aussi. Les mesures catégorielles ne font que déplacer le problème. Seules des mesures s’adressant à l’ensemble des salariés, comme nous avons su le faire avec les 35H, permettront que tous les salariés pourront adhérer à nos propositions. Reste le cas spécifique de la jeunesse, qui ne relève pas de mesures spécifiques en terme d’emploi, mais dans une réflexion sur la place que nous sommes prêts à lui faire : quid de la démocratisation de l’accès aux études supérieures, comment réduire l’obligation dans laquelle se trouvent de plus en plus d’étudiants de se salarier pour financer leurs études, comment améliorer la formation, comment assurer un revenu aux jeunes qui ne trouvent pas d’emploi ? La remise en cause du code du travail. Les libéraux ont un credo : pour créer des emplois, il faut précariser le travail. Autrement dit, les licenciements d’aujourd’hui sont les emplois de demain. Comme ils savent que la précarité ne fait pas recette, ils habillent la même réalité de termes aux consonances plus douces : flexibilité, mobilité, souplesse, employabilité, et très récemment dans la bouche de Laurence Parisot : séparabilité. Le code du travail est jugé par les mêmes, trop rigide, archaïque, inadapté. La flex-sécurité fait recette, y compris dans les rangs de certains socialistes, voire de certains syndicalistes. Avec l’idée que la flexibilité, donc la précarité, serait acceptable, et même souhaitable, à condition qu’elle s’accompagne pour le salarié d’une certaine sécurité. Il s’agit donc toujours d’augmenter la flexibilité. Pourtant, une certaine flexibilité existe d’ores et déjà dans le code du travail, même lorsqu’on parle de CDI. Contrairement à ce que voudraient nous faire croire certains, un salarié embauché en CDI peut tout à fait être licencié : pour raison économique, pour cause réelle et sérieuse, pour faute grave. Ce qui couvre a peu près toutes les raisons « honnêtes » pour lesquelles un patron voudrait se séparer d’un salarié. Pourquoi demander plus de flexibilité, si ce n’est pour faire encore un peu plus pression sur le salarié ? Plus le salarié est précaire, plus il est prêt à accepter à peu près n’importe quoi dans un contexte de chômage de masse. La solution résiderait donc dans la sécurité. Mais qu’est-ce donc que l’assurance-chômage, si ce n’est une garantie pour le salarié de continuer à percevoir un certain revenu en cas de chômage, et de pouvoir se former si besoin ? Certes, cette assurance a été revue à la baisse depuis plusieurs années, les indemnités réduites comme peau de chagrin. Pourquoi ne pas simplement dire qu’il faut renforcer cette assurance-là, qui a l’avantage d’être financée à la fois par les salariés et les employeurs ? J’ai bien peur qu’il ne s’agisse que de transférer le coût de cette « sécurité » sur l’Etat, dégageant par là même les employeurs de son financement, et d’imposer la flexibilité sans réelle avancée pour le salarié. Quant au meilleur suivi du salarié, améliorons le service public de l’Emploi. Mais il n’est nul besoin pour cela d’augmenter la flexibilité ! Méfions-nous du fameux exemple danois, tellement à la mode, après l’exemple anglais, ou l’exemple allemand. Un seul chiffre : au Danemark, 25% ( ! ) des personnes d’âge actif sont hors emploi (source : JC. Barbier, chercheur au CNRS, Apprendre vraiment du Danemark : réflexion sur le « miracle danois »). Les socialistes doivent clairement dire qu’ils sont opposés à la précarité, quel que soit le nom qu’on lui donne, réaffirmer que le CDI doit être la norme. Les contrats spécifiques, mises en pré-retraite, zones franches, toutes les mesures soit-disant destinées à lutter contre le chômage, qui ont été mises en place depuis une vingtaine d’années, ont montré leur inefficacité totale, mais coûtent très cher à l’Etat en réduction d’impôts et/ou de cotisations sociales ou même de subventions. Et si on essayait d’utiliser l’équivalent de ces sommes autrement, pour l’emploi public par exemple, et pour la relance de la croissance ? Voilà qui démarquerait les socialistes des libéraux et de la droite, et permettrait de rassembler la gauche.