CPE, le point de vue de Jean-Francis Dauriac

Publié le par Jean-Francis Dauriac

L’affaire du CPE n’est une victoire ni pour les jeunes, ni pour la démocratie. Le seul véritable vainqueur risque fort d’en être le Front National. Par Jean-Francis Dauriac .Elle est d’abord affligeante pour la démocratie. Comment se réjouir d’une telle défaillance de nos institutions ? Un Gouvernement qui fait voter par le Parlement une Loi aussi massivement désavouée par la rue, les partenaires sociaux et l’opinion publique. Un Président de la République qui la promulgue, en exigeant qu’elle soit rapidement remaniée. Une rivalité exacerbée et publique entre un Premier Ministre et son Ministre de l’Intérieur, chef de son Parti et de sa majorité. Et un Parti Socialiste qui ne trouve rien de mieux à dire, par la voix de son Premier Secrétaire  que de se féliciter du retrait de la Loi et de … « l’unité syndicale ». Si on ne peut que se féliciter de l’esprit de responsabilité et de cohésion qui semble avoir animé les principales organisations syndicales, force est de constater qu’une fois encore, les réponses politiques se font attendre en ce qui concerne le fonctionnement même de la démocratie. Car comment ignorer que droite et gauche ne gagnent depuis fort longtemps les élections que par la sanction de ceux qui sont au pouvoir ? Comment taire plus longtemps le résultat des dernières élections présidentielles qui ont vu les deux premiers partis de France se contenter d’un score cumulé inférieur à 40% des suffrages exprimés. Comment oublier la victoire du NON au référendum sur le projet de constitution européenne alors que tous les principaux partis de gouvernement appelaient à voter OUI. La seule défense des démocrates ne peut être de dénoncer perpétuellement l’antiparlementarisme croissant des français, ni la montée du populisme ou du fascisme. Elle passe par la prise en compte du mécontentement populaire et l’élaboration de réponses rapides et à la hauteur des enjeux. Parmi elles s’imposent une rénovation profonde de la pratique démocratique et institutionnelle, la réhabilitation de la politique et des partis, sans lesquels aucun régime ne peut se prévaloir d’être vraiment démocratique, et peut être la réaffirmation de l’intérêt général qui en France s’incarne par les valeurs républicaines.

 

 

 

Nous aurions tort, tout autant de considérer qu’il s’agit d’une véritable victoire pour la jeunesse. Car aucune réponse technique- fut elle en faveur des exclus-  ne peut répondre ni se substituer à de véritables problèmes de société. Et c’est pour ‘l’avoir occulté que tous les Gouvernements successifs se sont heurtés à la jeunesse durant trente dernières années Car, la France ne veut pas prendre la mesure du problème que pose une jeunesse d’autant plus nombreuse qu’elle se prolonge, et dure de plus en plus longtemps et pas seulement sous l’effet du chômage. De la même façon que l’allongement de la durée de vie appelle de plus en plus des solutions nouvelles pour le troisième âge. Car, au siècle dernier, n’étaient comptabilisés comme jeunes que les enfants en âge scolaire et une minorité des 18-25 ans, qui étaient étudiants ou en formation. La société se contentait d’un système d’aide sociale pour les étudiants les plus défavorisés, qui s’ajoutait à l’aide de la famille et à des petits boulots ou jobs d’été. Les autres n’étaient pas réputés jeunes, puisqu’ils travaillaient .Aujourd’hui, prés des 2/3 des 18-25 ans sont soit étudiants, soit dans des dispositifs d’insertion et/ou de formation. La concurrence se fait rude sur les petit boulots, par ailleurs moins nombreux  Les aides sociales, qui ont considérablement augmenté, ne peuvent couvrir tout le monde. Et la dépendance de la famille devient de plus en plus longue, et coûteuse. Outre qu’elle reproduit les inégalités, elle s’inscrit à contre courant de l’évolution de notre société qui appelle au contraire de plus en plus de mobilité et donc d’autonomie. Que faire pour permettre à la grande masse des jeunes de 18-25ans de vivre dignement et de manière plus autonome ? La croissance et la lutte contre le chômage, sans nul doute indispensables, n’y suffiront pas. Car nul ne pourra, ni ne voudra vraiment remettre en cause la durée des études, ni la liberté pour nos enfants de choisir librement leur avenir. Il s’agira donc bien tôt ou tard de dire où sont nos priorités. Et de devoir assumer de continuer ou renoncer à donner à tous, le plus haut niveau de savoir et d’éducation tout autant que le droit de vivre dignement ou l’espoir d’une promotion sociale. Or, cela nous renvoie à un choix de société qui pose non seulement le problème du volume des transferts sociaux, mais aussi celui de nos priorités dans la répartition des richesses produites. Quel est tout simplement le but de notre collectivité, à quel niveau place-t-on notre avenir, c'est-à-dire celui de notre jeunesse ?

 

 

Voilà comment l’observation de la démocratie nous renvoie sur la demande de choix politiques, que seuls ses ennemis ont intérêt à nier ou occulter. L’affaire du CPE n’en est qu’un exemple de plus. Et les prochaines élections présidentielles, un enjeu d’autant plus important.

 

 

Pour l’Observatoire de la Démocratie

 

Jean-Francis Dauriac

 

Publicité

Publié dans Présidentielles 2007

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article