Comprendre notre défaite
Dimanche 6 mai, un Français ne connaissant pas le résultat du scrutin et qui aurait allumé sa télévision à 20h05, aurait pensé, en écoutant le discours de Ségolène Royal, qu’elle venait de remporter la présidentielle. D’où un sentiment de décalage car la défaite, en réalité, est malheureusement là, nous le savons bien, il faut la comprendre et l’expliquer.
1. Des faits et des chiffres clairs
Au premier tour de l’élection, S. Royal, soutenue par le PS, le PRG et le MRC, a obtenu 25,8 % des suffrages, c’est-à-dire 2 points de plus que le total des scores réalisés en 2002 par L. Jospin, Ch. Taubira et J-P. Chevènement (23, 8 %) mais la gauche était sortante à l’époque. Au second tour, avec 46,94 %, S. Royal a rassemblé sur son nom 17 millions d’électeurs mais dans un contexte où le corps électoral n’a jamais été aussi élevé et la participation aussi forte. En valeur absolue, la différence de voix entre le candidat de la gauche et le candidat de la droite est de 2,2 millions, soit le chiffre le plus élevé depuis 1965. La campagne a été ardente, avec des militants très mobilisés, malheureusement elle n’a pas permis électoralement de l’emporter. Au lendemain de sa désignation, S. Royal bénéficiait de sondages favorables : 53-47 en sa faveur au second tour selon l’institut CSA le 21 novembre 2006. Six mois plus tard, lors de l’élection, le chiffre s’est inversé au bénéfice de N. Sarkozy, malgré tous les efforts de la campagne. Si le score est bon dans certaines banlieues notamment grâce à la mobilisation des jeunes (58 % des 18-24 ans ont voté pour S. Royal), il est globalement décevant auprès de l’électorat populaire : seulement 54 % des ouvriers et 51 % des employés ont voté pour notre candidate. Sur le plan géographique, des bastions historiques la gauche basculent : 51,75 % dans le Nord et 54,44 % en Picardie. 57 % des ruraux ont voté pour N. Sarkozy alors que, pour eux, l’enjeu des services publics est décisif. Dans le même temps, S. Royal réalise de bons scores dans les centres des plus grandes villes. Sur le plan générationnel, 61 % des 60-69 ans et 68 % des 70 ans et plus ont voté à droite dans un contexte de forte attente sur les retraites, l’accès à la santé et la dépendance.
2. Une élection qui se présentait bien mais qui a été finalement perdue
La conjonction politique en faveur de la gauche en 2007 était exceptionnelle.
Depuis 2002, toutes les élections intermédiaires (régionales, cantonales, européennes) avaient
sanctionné le gouvernement.
Le candidat Sarkozy était celui du pouvoir sortant et de son mauvais bilan. Sa personnalité
comme ses méthodes constituant un repoussoir pour beaucoup de Français.....