Comme d'autres avant lui, Arnaud MONTEBOURG TOMBE LES MASQUES ! Par Jacob Voglozin (77)- Ainsi donc, Arnaud MONTEBOURG rejoint l'écurie Royal. Dans un premier temps, j'ai un réflexe de surprise : car cela a tout l'air d'un revirement. Puis très vite je me reprends et la nouvelle ne me paraît plus que traduire une trajectoire assez prévisible du camarade. Dans nos luttes pour "déplacer le centre de gravité du PS à gauche" et l'y ancrer, j'ai toujours eu de forts doutes sur la solidité de l'engagement de ce camarade. Dès la naissance du NPS qui a suivi de près celle de Nouveau Monde, si je ne m'en étais tenu qu'aux déclarations, professions de foi et autres documents de ces deux courants, le choix d'adhérer à l'un plutôt qu'à l'autre aurait été particulièrement difficile. Mais ce choix a été vite facilité par l'absence totale de confiance que m'inspiraient les deux cofondateurs du NPS (Vincent Peillon et Arnaud Montebourg ) quant à leur réel engagement dans le combat contre le libéralisme qui gangrenait notre parti (et qui le gangrène encore plus aujourd'hui qu'avant…). De l'autre côté, ma confiance dans la sincérité et la solidité de l'engagement de Jean-Luc Mélenchon pour ce combat était totale. J'ai donc choisi Nouveau Monde. Tout en regrettant, comme beaucoup d'autres, la dispersion dans ces deux courants minoritaires des forces des militants sincèrement désireux de tirer toutes les leçons du "21 avril 2002" et de ramener PS franchement dans son camp naturel afin de conjurer à jamais ce cauchemar. Malgré de nombreuses luttes communes en interne au PS, et surtout celles pour le NON au TCE dans le référendum interne (avec des sommets comme celui du samedi 10 avril 2004 au gymnase Carpentier à Paris et l'Université de rentrée de Nouveau Monde et Forces Militantes à Douai les 1er, 2 et 3 octobre 2004), les fortes aspirations et les puissants appels à l'Unité des deux courants se sont toujours heurtés à des obstacles dont les motivations restent encore aujourd'hui incompréhensibles au simple militant de base que je suis… Nouveau Monde devait présenter une coloration trop rouge aux yeux de certains hauts dirigeants du NPS comme le montre leur massive allégeance actuelle à Ségolène Royal. Les masques ont commencé à tomber dès le lendemain de la douteuse victoire du OUI au référendum interne. S'abritant derrière la stupéfiante notion de "patriotisme de parti" (???), de hauts dirigeants du NPS vont briller par leur absence pendant que toutes les forces de la gauche anti-libérale luttaient vaillamment et finissaient par avoir la peau du TCE. Il est vrai que la collusion de tous les grands partis politiques (UMP et PS en tête) et de tous les média aux ordres du libéralisme et de l'ultra-libéralisme, à grands renforts de sondages donnant le OUI très largement gagnant pouvait terroriser ces dirigeants politiques très médiatiques mais de peu de conviction anti-libérale. Ils ont préféré se terrer, observer de loin et attendre très prudemment le moment opportun pour se ranger sans gêne du côté où tournerait le vent à l'issue du référendum national. La victoire contre le TCE fut acquise sans eux, et on se demande s'ils ne se seraient pas bien réjouis si la Direction sociale-libérale du PS avait réussi à mettre en exécution ses menaces de sanctions sévères contre tous ceux qui n'avaient commis que le crime de mener cette noble lutte dans leur camp naturel (celui de la gauche anti-libérale). Très remontée contre tous ces "rebelles" internes qui, in extremis, l'ont empêchée de conduire le parti à une si honteuse compromission avec l'UMP de Chirac-Raffarin-Sarkozy, l'UDF, le Medef, etc… la Direction du parti convoqua précipitamment un congrès de revanche pour novembre 2005 au Mans. Dans la période préparatoire à ce congrès, on aurait pu espérer de nos "patriotes du parti" qu'ils retrouveraient leurs esprits et contribueraient à ressouder, au sein du PS, un camp capable de réconcilier ce parti avec son identité de gauche. Erreur ! Car de façon surprenante, les "patriotes du parti" découvrent subitement que d'autres dirigeants (Fabius et ses amis) qui, eux, se sont fortement impliqués et pris d'énormes risques sur le champ de bataille, n'étaient point fréquentables ! Ils les soupçonnent de n'avoir agi que par calculs électoralistes. Rappelons tout de même que Fabius et ses amis se sont engagés sans retenue dans la campagne pour le NON à un moment où les sondages donnaient le OUI gagnant à plus de 60%. A moins de les prendre pour des débiles profonds, cette accusation est tout simplement méprisable, surtout venant de responsables qui venaient de prouver que leurs positionnements politiques ne se déterminent qu'en fonction des tendances des sondages ! A la veille du congrès du Mans, pour Arnaud Montebourg et certains autres responsables de l'ex-NPS et de l'ex-Nouveau Monde proches de Henri Emmanuelli, le réflexe "Tout Sauf Fabius" a fonctionné à fond, les conduisant à se coaliser précipitamment dans un attelage bancal nommé NPS-AS et dont l'implosion quasi-immédiate en plein congrès du Mans confirme a posteriori toute l'incohérence et l'inconséquence. Même si les motivations et les circonstances de la naissance de NPS-AS pouvaient laisser présager l'évolution de ses fondateurs, je suis malgré tout surpris d'observer le spectacle pitoyable que nous offrent presque tous ses leaders qui se bousculent sans vergogne pour rejoindre l'écurie Royal. Que Arnaud Montebourg , après Vincent Peillon, Benoît Hamon, Yvette Roudy, Béatrice Patrie, Jean-Pierre Masseret et beaucoup d'autres très proches de Henri Emmanuelli ne répugnent pas aujourd'hui de prendre le train du "royalisme" a de quoi donner le tournis. Les voilà donc aux côtés de Ségolène Royal, une blairiste dont les déclarations politiques vont jusqu'à faire dire à Sarkozy qu'elle le double sur sa droite. Celle qui promettait, devant des millions de téléspectateurs éberlués, sans sourciller le moins du monde, qu'elle se verrait obligée de privatiser les cantines de Poitou-Charentes si le TCE était rejeté par le peuple français. Et qui donc espère certainement pouvoir faire adopter ce même TCE après 2007 si les moyens lui en étaient donnés. Comment expliquer autrement pourquoi, aux dernières nouvelles, elle n'a toujours pas privatisé ces cantines ? Celle qui compte parmi ses grands soutiens les auteurs de la motion "Pour un socialisme libéral" au congrès du Mans. Alors qui sont les calculateurs, qui sont ceux qui trahissent le peuple de gauche et qui tournent cyniquement le dos à ses intérêts et aspirations ? En tout cas, j'ai beaucoup de mal à imaginer que les camarades socialistes qui ont voté la motion NPS-AS aient vraiment compris que tel devait être le résultat final de leur vote. A leur place, je sais maintenant ce qu'il me reste à faire, et j'espère qu'ils le feront. D'autant plus que la lettre adressée par Arnaud Montebourg aux adhérents de "Rénover Maintenant" pour tenter de justifier l'injustifiable sonne comme une véritable insulte à leur intelligence. Contrairement aux "croyances" qu'il y exprime, il me semble évident que Ségolène Royal est précisément, parmi tous les candidats à la candidature au PS, la moins bien placée pour rassembler la gauche en général (et surtout sa composante anti-libérale, majoritaire au sein de toute la gauche). Si les militants du PS la choisissaient en novembre prochain comme candidate du parti, ce dernier se discréditerait définitivement et porterait l'entière responsabilité d'un "21 avril 2002" bis dont la probabilité deviendrait presque certaine. En réalité, le ralliement de Arnaud Montebourg à Ségolène Royal est un NON-EVENEMENT. Il traduit tout simplement un phénomène nouveau : beaucoup de masques tombent ces temps-ci, et c'est tant mieux. Nous savons maintenant à quoi nous en tenir à propos de ces camarades. Autant leur "patriotisme de parti" n'a pas empêché l'éclatante victoire du NON le 29 mai 2005, autant leur agglutination honteuse dans le train du "royalisme" n'empêchera pas le rassemblement de la gauche pour vaincre la droite en 2007 et démarrer une vraie politique de transformation anti-libérale de la société. Face à tous les complots qui se trament au Parlement Européen depuis le 29 mai 2005, doter la France en 2007 d'un Président issu du NON de gauche, et rester mobilisés pour l'aider et/ou le contraindre à tenir ses engagements, voilà la seule façon d'espérer conjurer à jamais un nouveau "21 avril 2002" et de faire respecter le NON des peuples français et hollandais au TCE. Au PS, cela passe par le soutien actif à la candidature de Laurent Fabius. Et je me réjouis profondément de la prise de position de Forces Militantes pour la Démocratie et le Socialisme en faveur de ce soutien. Parallèlement, ce qui à mon avis est tout à fait compatible et complémentaire, les militants et sympathisants socialistes doivent s'investir sans arrière pensée dans les Collectifs du 29 mai pour des candidatures unitaires et une alternative de gauche anti-libérale.
En 1936, le Front populaire... En 2007, l'espoir reste permis !Jacob VOGLOZIN (Section Val d'Europe, 27 juillet 2006)
PS : voir ci-après deux textes extraits de "Politis" N° 911 du 20 juillet 2006 concernant Arnaud Montebourg ["Opportunisme"], Fabius ["Des soutiens à Fabius"].
«Opportunisme
Arnaud Montebourg a tiré son feu d'artifice en deux salves. Un premier coup de semonce, le 13 juillet, avec l'annonce qu'il renonçait à disputer l'investiture du PS pour l'élection présidentielle de 2007, faute de pouvoir réunir les 30 parrainages requis au sein du conseil national. Le bouquet final était pour le lendemain : Ségolène Royal sera l'invitée d'honneur de la 34e Fête de la rose, le 20 août, à Frangy-en-Bresse, a fait savoir le député de Saône-et-Loire. « Je crois que Ségolène Royal incarne une part de la rénovation que nous portons [...], et qu'il est utile pour la victoire de nos idées, et celle de toute la gauche en 2007, de se préparer dans le respect de ce qui nous tient à cœur à travailler ensemble », a-t-il expliqué. « C'est d'abord une invitation et ensuite une ouverture », a tenu à préciser le chantre de la rénovation du PS en refusant d'évoquer pour l'instant un « ralliement ». Une petite coquetterie, bien dans le style du personnage, mais qui ne trompe personne. Le 11 juillet, lors d'un conseil d'administration de l'association Rénover maintenant, Arnaud Montebourg a déjà notifié et justifié ce ralliement auprès d'une cinquantaine de représentants départementaux de son courant, pour la plupart consternés. Dans son plaidoyer, il a motivé sa décision par le souci de « ne pas être les derniers » à prendre le train de la ségolémanie. Avant de refuser un vote pour ne pas « diviser le courant ». « Si ce n'est pas de l'opportunisme, qu'est-ce que c'est ? », interroge un participant qui note que cet épilogue n'a « aucune cohérence ». Pourquoi en effet avoir refusé la synthèse au congrès du Mans, créé un nouveau courant en quittant le NPS, si c'était pour aller aussi vite à Canossa ? Pourquoi prôner une Vie République et dénoncer l'illusion de l'homme providentiel si c'est pour se ranger derrière une femme providentielle, adepte d'une décentralisation accrue dans une mondialisation heureuse ? Il faudra beaucoup de talent à Montebourg pour expliquer son grand écart.» MICHEL SOUDAIS (Politis N° 911 du 20-07-06)
«Des soutiens pour Fabius
Laurent Fabius est « le candidat ayant le mieux tiré les leçons du 21 avril 2002, le plus à même de réunir toute la gauche et de créer par là un vrai mouvement de transformation sociale », peut-on lire dans le document d'orientation adopté le 12 juillet par la coordination nationale de Forces militantes pour la démocratie et le socialisme. Curieusement, le choix de ce petit courant, animé par Marc Dolez et Gérard Filoche , en faveur de Laurent Fabius à la présidentielle n'a pas fait une ligne dans les journaux. Le ralliement d' Arnaud Montebourg à Ségolène Royal a été traité avec plus d'égards. Il est vrai que c'est un choix plus personnel.» (Politis N° 911 du 20-07-06)