Laurent Fabius, le rassemblement de la Gauche au 2me tour
Laurent Fabius :« Je défends un projet politique… L’extrême gauche ne sera forte que si le PS fait du « blairisme »…l’important , c’est le rassemblement e la gauche au second tour. »
Aujourd'hui, on a l'impression que Ségolène Royal a réussi à s'imposer et qu'elle sera la candidate incontournable au congrès d'investiture du P.s. le 26 novembre. Est-ce votre avis? Paris Match Juin 2006 Tout est ouvert. Ce ne sont jamais ceux qui sont en tête un an avant dans les sondages qui l'emportent. Dans l’intervalle, la démocratie s’affirme, les débats permettent d’y voir clair et les candidats confirment – ou non. N'avez-vous pas l'impression qu'elle vous “ringardise”, vous, Jack Lang, DSK, Jospin et même Hollande en affichant des positions iconoclastes sur presque tous les sujets de société? Vous êtes trop aimable ! Je ne suis pas sûr que vouloir confier les primo-délinquants à des militaires soit l’exemple de la modernité… Je ne me situe pas par rapport à telle personnalité, je défends un projet politique. La France a besoin d'un vrai changement, la gauche peut le lui apporter si elle parvient à se rassembler. Nous devons proposer des solutions volontaristes et durables sur tous les sujets. Je vais tranquillement mon chemin dans cette direction. Trop tranquillement, non. Vous êtes peu présent dans les médias et les sondages pour vous ne sont guère enthousiasmants… J’ai réuni plus de 2000 militants samedi dernier en Normandie. Quand j’ai dit que N. Sarkozy était M. Supercherie et que pour battre la droite, il ne faut pas se confondre avec elle, je crois avoir été entendu. Pour le reste, je ne surferai pas sur l’agitation médiatico-sondagière. Si l'élection présidentielle avait lieu aujourd'hui, Ségolène Royal pourrait l'emporter, sans doute parce qu'elle brouille les lignes: elle fait un peu de Sarko, un peu de Blair, un peu de socialo… Ma position est différente. Evidemment chacun doit être attentif aux idées des autres mais ce serait l’échec assuré de croire qu'on peut l’emporter puis gouverner en brouillant tous les clivages. Entre la gauche et la droite, il n’est évidemment et heureusement pas question de guerre civile, mais il faut que chaque citoyen puisse s’y retrouver. De la confusion, seule l'extrême droite sortirait gagnante. Justement, cette montée de l'extrême droite vous préoccupe? Oui. Je souhaite que les Français puissent compter dans le champ des partis républicains sur une formation qui porte leur refus de la politique actuelle et leur espoir. J’ai plaidé depuis le 21 avril 2002 pour que le PS s’adresse à l’électorat populaire, qu’il soit un parti d'opposition véritable, puis de propositions responsables. Sur ce point, j’ai été entendu. Et la montée de l'extrême gauche? L’extrême gauche sera forte si le PS fait du blairisme. L’important, c’est le rassemblement à gauche au second tour, clé de la victoire. Il ne se fera que sur des idées vraiment de gauche : par exemple, l'augmentation du Smic et des petites retraites permettra aux personnes aux ressources modestes d'avoir un meilleur pouvoir d'achat, l'accès au logement sera facilité pour les jeunes et les familles, de même pour l'éducation et la recherche et pour la présence des services publics sur l’ensemble du territoire. Comment allez-vous réussir à vous imposer aux militants pour être le candidat désigné du P.s. en novembre? Le choix des militants devra être précédé de véritables débats entre les candidats. Il y a d’importantes questions auxquelles le futur président de la République devra répondre : Comment relancer le défi du vieillissement ? Comment réformerez-vous les institutions ? Comment relancerez-vous l’Europe ? Comment combattre le terrorisme ? Ces grands débats que vous appelez de vos vœux au sein du P.s. avant le congrès de désignation auront-ils lieu? J’espère bien que oui. Sinon la démocratie n’est qu’une parodie ! Il serait utile d’avoir plusieurs débats : 1. Sur l'économique, le social et l’environnement, 2. Sur les affaires européennes et la défense 3. Sur les institutions, l’éducation, la République, etc …. Enfin, un grand débat avant le second tour entre les deux candidats arrivés en tête. Ces débats d’idées et non de personnes seront profitables au P.S. Les Français se diront : voilà un parti qui dispose de bien des talents et qui sait choisir dans la clarté et la solidarité. C’est tout de même plus vivant, plus enthousiasmant – plus rassurant aussi, qu’à l’UMP où le président débat avec… lui-même. Qu'en dit le Premier secrétaire du P.s.? Cela dépend des moments. Mais j’y tiens et les adhérents, nouveaux ou anciens, aussi. Pour l’instant, on nous a proposé un débat sur Internet. L’élection présidentielle ne peut se limiter à envoyer une profession de foi sur papier glacé et à des échanges électroniques. C’est une échéance sérieuse qu’il faut traiter sérieusement. Laurence Masurel