Avec Laurent Fabius, contre toute alliance avec le Centre et toute dérive vers le "Blairisme"
Dans notre analyse, un impératif s’impose à nous, être lucides sur le contexte dans lequel nous allons agir : la crise française est profonde, la victoire de la gauche est indispensable, mais elle n’est pas encore acquise. Pour enrayer les risques et parce que c’est le sens même de notre combat, notre projet doit se situer clairement à gauche. Pour rassembler la gauche, nous devons refuser toute dérive blairiste ou centriste. La France traverse une crise profonde. Notre projet ne doit pas donner l’impression de la sous-estimer : d’économique et sociale, elle est devenue aussi institutionnelle et de régime. Il en résulte une puissante demande de changement, qu’illustre d’ailleurs la répétition, chaque fois plus forte, des votes sanctions depuis 2002. Avec l’Inde, la Chine et l’Internet, la mondialisation a changé de dimension ; avec la domination de la finance mondiale, le capitalisme a changé d’impact. Cela a pour conséquences une précarité et des inégalités accrues, que la majorité des salariés n’acceptent plus. L’importance des mobilisations sociales en témoigne et il faut en tenir compte. Les attentes à l’égard de l’Europe sont fortes, alors même que celle-ci ne progresse et ne protège pas assez. La crise française, la droite revancharde contre le modèle social et républicain, la mutation du capitalisme, l’attente à l’égard de l’Europe sont quatre faits majeurs qui rendent cruciaux les enjeux de 2007 : cette prise de conscience doit apparaître clairement dans notre projet pour montrer que nous serons à la hauteur de la situation. Dans ce contexte, la victoire indispensable de la gauche n’est pas encore acquise et plusieurs risques ne doivent pas être sous-estimés : un succès de Sarkozy, au nom du triptyque libéralisme, communautarisme, atlantisme, avec le soutien de puissances financières et médiatiques ; le danger Le Pen, tirant mécaniquement profit de la crise ; le risque d’une cassure entre une gauche molle vouée à la gestion et une gauche radicale centrée seulement sur la contestation. Pour enrayer ces risques et parce que là s’est forgée l’identité socialiste, notre projet doit être clairement à gauche, dans nos valeurs et nos références, qui devront être celles du socialisme français - liberté, égalité, laïcité, République, Europe, internationalisme - et non celles du blairisme - flexibilité, ordre moral - ou d’un « réformisme de gauche » sans ambition suffisante de transformation. Faisant cela, ne donnons pas l’impression d’hésiter sur les fondamentaux de la République : ce sont les nôtres et nous devons leur donner toute leur force dans notre projet par une politique d’égalité en actes. Là est la meilleure réponse à la crise que traverse notre pays. Il en va de même pour nos alliances qui sont, normalement, le prolongement des convictions. Plusieurs responsables ont laissé entendre qu’un rapprochement avec le centre était possible dans le cadre de l’élection présidentielle. Notre projet doit stipuler que nous n’envisageons collectivement de gouvernement qu’à gauche, avec des partis de gauche, pour mener à tous les échelons, du local au mondial, une politique de gauche. Sur la base de notre projet socialiste, nous devons rapidement engager les discussions en ce sens avec nos partenaires. Les militants d’abord, les Français ensuite, veulent savoir au nom de quels principes et avec quels partenaires nous entendons agir. Nous sommes à gauche dans l’opposition, nous le serons aux responsabilités.