CPE: le point de vue de Jacob Voglozin
LE CPE EST MORT ET ENTERRE : VIVE L'UNION DE LA GAUCHE RESOLUMENT ANTI-LIBERALE Par Jacob Voglozin Que ce chaud printemps social 2006 est merveilleux et prometteur ! Comme beaucoup d'autres, je ne peux m'empêcher de penser au précédent printemps et à une autre mémorable déroute que notre peuple, uni, avait infligée à toutes les forces libérales et social-libérales nationales et européennes coalisées. Mais comparativement à la victoire du 29 mai 2005 remportée [que] dans le secret des urnes, celle-ci contre le CPE comporte une dimension particulièrement symbolique. Elle était magnifique, cette image des douze syndicats, associations et coordinations de salariés et d'étudiants sablant le champagne pendant que de Villepin montrait sa mine des plus mauvais jours sur TF1 ! Et pourtant, après les errements social-libéraux de la gauche plurielle, et plus particulièrement de notre parti, errements qui ont permis à la droite, au décours des présidentielles et des législatives de 2002 de concentrer entre ses mains et de façon absolue tous les pouvoirs, après les échecs successifs de toutes nos luttes sociales depuis 2002, l'optimisme n'était plus vraiment au rendez-vous. Les issues des derniers mouvements sociaux à Marseille et en Corse succédant à ceux du printemps 2003 et aux répressions policières et judiciaires des mouvements des élèves en 2005 contre les pseudo-réformes Fillon n'ont rien arrangé [cf. Le spleen des "perdeurs de grève" (le Monde, 03.01.06)].Puis les jeunes ont initié la bataille du CPE et changé la donne… Ces dernières semaines sont riches d'importantes leçons pour nous. Beaucoup de choses très pertinentes ont déjà été dites dans cette rubrique et ailleurs. Mais j'aimerais aussi apporter ma modeste contribution.Tout d'abord, j'exprime mon admiration pour toute la jeunesse populaire de ce pays. Sans la combativité et la solide unité dont elle a fait preuve malgré et contre toutes les manœuvres du front uni de la droite (allant des centristes de l'UDF aux extrêmes du MPF et du FN en passant par l'UMP), je pense que nous n'aurions pas remporté une si belle victoire. C'est la jeunesse qui a forcé l'unité syndicale, elle qui a obligé la gauche soit-disant responsable à rester fermement ancrée le camp anti-libéral jusqu'à cette issue victorieuse et à gagner "la bataille de l'opinion" malgré toute l'énergie déployée par le pouvoir Chirac-de Villepin-Sarkozy-Bayrou et consorts entièrement aux ordres du Medef.Beaucoup d'entre nous ont vu et vécu concrètement sur le terrain, dans les impressionnants cortèges des nombreuses manifestations anti-CPE, une VERITABLE UNION POPULAIRE résolument anti-libérale se forger et se battre la main dans la main dans une fraternité et une allégresse indescriptibles. On a entendu une exigence pressante : « LA DROITE DOIT PARTIR, LA GAUCHE DOIT S'UNIR », avec cette précision de taille : l'union doit se réaliser sur « UNE LIGNE RESOLUMENT ANTI‑LIBERALE ». La liaison entre les prescriptions de l'Europe libérale en construction contre ses peuples et le TCE ne faisait aucun doute. Leur rejet sans appel non plus. Etaient également omniprésentes la condamnation catégorique du "blairisme" et des compromissions de la social-démocratie européenne qui voudraient imposer aux peuples l'accompagnement tranquille du libéralisme. De même que l'étroite liaison de cette bataille anti-CPE avec les prochaines échéances électorales…Oui, la jeunesse et le peuple de gauche ont clamé à la face du monde entier que, en France, le libéralisme ou le néo-libéralisme ne passeront pas, ni dans leur forme ultra, ni dans leur forme pseudo-sociale. Dans leur oubli trop rapide du démenti cinglant du 29 mai 2005, les média pro-libéraux auront beau promouvoir qui ils voudront nous imposer, le peuple de gauche (aujourd'hui majoritaire dans notre pays), proclame haut et fort qu'aucun(e) candidat(e) n'aura aucune chance de rassembler la gauche pour la victoire aux prochaines échéances électorales, si il ou elle ne s'engage pas clairement à respecter en actes notre vote NON du 29 mai 2005, et à opérer une rupture radicale d'avec le libéralisme et le blairisme.
La mort du CPE n'est qu'une étape. Elle est certes très importante. Mais nous aurions tort de nous en arrêter là. Le CPE ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt des régressions sociales intolérables contenues dans la loi dite de "l'EGALITE DES CHANCES", le CNE, le CESEDA de Sarkozy, etc. ! Nous ne devons pas tomber dans le piège des libéraux et de leurs media qui cherchent à nous divertir. Parce que nous rejetons la légalisation de précarisation, ils nous demandent ce que nous proposons pour la remplacer. Et certains camarades tombent dans leur piège. Mais dans les cortèges des gigantesques manifestations, la jeunesse populaire a répondu sans aucune ambiguïté : RESISTANCE ! CDI ! SECURISATION DES PARCOURS PROFESSIONNELS ! Et j'avoue que cela me va très bien. Comme l'explique remarquablement l'article de Geneviève, nous ne voulons pas de la "flexibilité" quelles qu'en soient les différentes déclinaisons. Nous défendons le CDI et la sécurité sociale solidaire et la sécurisation des parcours professionnels. Cela coûte cher ? Que l'Etat récupère les cadeaux fiscaux scandaleux qu'il fait aux actionnaires. Qu'il récupère les 10 points de PIB que le capital a volé aux salaires…Nous avons repris la main. Eux ils sont en débandade. Cela n'arrivera pas tous les jours. C'est donc maintenant que nous devons profiter de notre avantage pour parfaire le job. Plus nous avancerons et plus la crise au sommet s'approfondira, et moins Sarkozy pourra se refaire une santé à nos dépens. Encore une fois la jeunesse populaire montre déjà la voie. D'autres forces de gauche et non des moindres vont dans le même sens. Dès lors certaines questions se posent : qu'attend Solferino pour exiger des comptes à Chirac-de Villepin-Sarkozy-UMP-UDF ? Les seuls vrais responsables de la mise à feu et à sang de la République durant de si longues semaines, c'est bien eux et leur folle tentative de légaliser la paupérisation et la précarisation extrêmes ! Qui payera les dégâts occasionnés par leur arrogance et leur autisme : les personnes physiquement et psychologiquement blessées, les élèves et étudiants ainsi que leurs parents angoissés, les établissements scolaires et universitaires ainsi que les locaux et vitrines des commerces dégradés ? Pourquoi est-ce aux contribuables de payer les pots cassés des viles rivalités au sommet de l'Etat ? Et pourquoi notre parti n'exige-t-il pas l'arrêt immédiat des répressions judiciaires envers ces jeunes dont le seul tort est d'avoir mené une lutte exemplaire qui fait honneur à la République ? Devant le spectacle honteux donné au sommet de l'Etat par les ceux-là mêmes qui sont censés garantir le bon fonctionnement des institutions de la République, spectacle digne d'une République bananière, pourquoi notre parti ne joint-il pas sa voix à toutes celles des autres forces de gauche pour demander solennellement la démission immédiate de ce pouvoir failli et totalement illégitime ? Là-haut, ils ont eux-mêmes donné le coup de grâce à la Vème République. Un retour du peuple aux urnes se justifie entièrement. La VIème République Sociale est devenue une question d'actualité brûlante. Guillaume a entièrement raison : il est urgent de « secouer la gauche », à commencer par nos "éléphants" du PS. Car dans sa merveilleuse lutte, le peuple de gauche vient encore une fois de faire mordre la poussière aux agents nationaux et européens de la mondialisation libérale, de l'OMC et de l'AGCS. Il réclame une rupture radicale avec cette idéologie impitoyablement criminelle.Autant cette lutte et la crise sociale et politique actuelle n'étaient pas programmées, autant les échéances pourraient se précipiter sans attendre le calendrier interne à chaque formation de gauche. C'et pourquoi l'union sans exclusive des forces gauches sur une base résolument anti-libérale s'impose d'urgence, vite ! En sachant que quel (quelle) que soit le (la) candidat(e) de la gauche, et on aura compris que pour moi il ne peut s'agir que d'une personne ayant résolument combattu le TCE, si il ou elle est élue, sa réussite au pouvoir nécessite une mobilisation et une vigilance permanentes du peuple de gauche. Le chèque en blanc et la délégation passive de pouvoir par le peuple n'auront pas lieu d'être.Jacob Voglozin (Section du Val d'Europe)