Secouer la gauche, pour battre la droite

Publié le par Guillaume Quercy

Poursuivre la mobilisation, secouer la gauche dès maintenant pour battre la droite dès que possible, par Guillaume Quercy, Délégué national PS et Secrétaire général  de Jeunes Socialistes pour Rassembler à Gauche .

 

Le petit marquis de Villepin fait le choix de l’épreuve de force. En contradiction flagrante avec les traditions républicaines, il dirige ses bataillons policiers contre les jeunes en lutte. Il privilégie la violence libérale à la négociation sociale. Cette attitude n’est pas celle d’un gouvernement qui ne saurait pas gérer le pays. Au contraire, Chirac et Villepin savent parfaitement ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Aveuglés par l’idéologie libérale communautariste dont ils sont empreints, ils poursuivent chaque jour un peu plus leur immense chantier de mise à mort de la République laïque et sociale. Les fossoyeurs de la République ont commencé par déstabiliser nos régimes de protection sociale (retraite, santé) mis en place à la Libération. Ils ont ensuite considérablement réduit les ambitions et les moyens de l’école publique, gratuite et laïque, de la petite enfance à l’université. Ils passent désormais à l’offensive contre le Code du Travail. Car si le CPE fait la une, personne n’oublie le rétablissement du travail de nuit des enfants, l’abaissement de l’âge de l’apprentissage, le CNE, la remise en cause des aspects positifs de la réduction du temps de travail, la traque statistique des chômeurs, etc. Et pour demain, la droite prépare une loi relative à l’immigration dont les principes que nous connaissons déjà seront plus proches des hystéries ségrégationnistes du Ku Klux klan que des idéaux portés par les luttes de Martin Luther King ou Nelson Mandela. Une véritable politique de racialisation des rapports sociaux et économiques dans notre pays s’apprête à être mise en œuvre par Nicolas Sarkozy et ses complices. Chacun est amené à constater avec consternation combien le vote hautement symbolique du 5 mai 2002 est piétiné par la droite. La clique Chirac-Sarkozy-Villepin-Bayrou a finalement conduit le pays dans l’impasse sociale après avoir échoué à le sortir de l’impasse économique. Dans ce contexte particulièrement dramatique, la France encourt le risque d’un retour dans l’impasse démocratique. Deux voies mènent à cette impasse : celle de la radicalisation forcée légitime du mouvement social d’une part, et celle du raidissement passéiste d’une certaine vieille France d’autre part.

 

 

 

 

 

 

Réfléchissons à deux hypothèses seulement.

 

 

 

 

 

 

La première consisterait en un retrait du CPE, sous une forme ou une autre, qu’il s’agisse d’une intervention du Chef de l’Etat ou du Conseil constitutionnel. Cette situation présenterait un double avantage : la satisfaction d’une revendication légitime et pacifique des nouvelles générations d’une part, un reflux des poussées régressives de la droite française d’autre part. Mais elle n’effacerait pas la sordide réalité. Si nous ajoutons à la longue liste des crimes contre notre modèle social commis ces dernières années par la droite en France, ses nombreux mensonges concernant la prétendue défense de nos services publics (privatisations de GDF et bientôt d’EDF), concernant la place de notre patrie en Europe et dans le monde (rejet du projet de constitution libérale européenne par le peuple mais non relayée par le Chef de l’Etat dans les instances de l’Union), nous sommes inéluctablement menés à penser qu’il n’existe aucune raison, aucun motif sérieux pour que, dès 2007, après les élections présidentielle et législatives, si elle était de nouveau au pouvoir, la droite ne remette sur le métier son voile dérégulateur. Il ne fait aucun doute que ce recul préparerait un saut plus grand encore vers l’abyme libéral. De ce point de vue, il n’existe aucune différence entre Chirac, Villepin, Sarkozy, Villiers ou Bayrou. Et ce n’est pas le remplacement d’un homme de droite par une femme ou un homme de droite, qui changera le contenu de la politique d’un gouvernement UMP. La seconde hypothèse serait celle d’un Premier ministre droit dans ses bottes, le sourire aux lèvres, certain de son droit naturel à sacrifier la jeunesse sur l’autel du diktat des puissances de l’argent. Faisant le pari d’une masse silencieuse prétendument favorable à sa politique, la droite tenterait le tout pour le tout, assumerait son choix premier pour tenter de capitaliser l’année prochaine les voix d’un électorat mythique, celui de l’extrême droite. Nul ne peut deviner l’issue d’une si terrible épreuve. La société française, épuisée par des années de crise, apeurée par la précarité qui s’est installée au cœur du système après avoir occupé ses seules marges, frôle l’explosion. Les violences dans certains quartiers populaires en novembre 2005 et la mobilisation sociale actuelle, sont deux expressions d’une même tension. Associée au vote du 21 avril 2002, à celui du 29 mai 2005, à la situation politique de certains autres pays européens, la séquence que nous vivons est pleine de dangers. Sur ce terreau, tout peu pousser. Le mythe de l’homme fort, providentiel, pourrait émerger. Nous le pressentons lorsque nous faisons le constat effrayant que les valeurs républicaines sont chaque jour bafouées et que les différences entre la politique actuelle du Ministre de l’Intérieur, chef de la majorité, et un coup d’Etat, n’apparaissent qu’aux yeux des juristes. Cela ne sent pas bon. Dans ces deux hypothèses, une gauche solide est le seul recours. En 2007 dans le premier cas, probablement avant cette échéance dans le second, elle porte l’ultime chance de sauver la République laïque et sociale, de porter un coup d’arrêt à la mainmise des marc hés financiers sur le destin des peuples et d’entamer la lutte à l’échelle européenne et internationale.

 

 

 

 

 

 

Un seul recours, deux préalables. Pour représenter une force solide, la gauche est face à une double exigence : entrer en résonance avec le mouvement social, assurer son rassemblement. Le mouvement social actuel va bien au-delà du CPE. Il catalyse des revendications dont les aspirations ont une portée universelle. Le devoir du politique est d’engager le débat avec les forces sociales à l’œuvre dans la rue aujourd’hui. Comme le gouvernement de droite s’y refuse, la gauche y est contrainte par son histoire et son idéal. L’idée retenue lors du sommet de la gauche en février dernier d’organiser de grands débats avec les citoyens a besoin, ici et maintenant, d’être concrétisée. Les calendriers de désignation interne des partis sont certes utiles mais ils ne doivent pas freiner la mise en place des outils indispensables au rétablissement du dialogue entre le peuple de gauche et sa représentation politique. La faiblesse des organisations politiques et syndicales traditionnelles, qu’elles soient de jeunesse ou non, est un handicap majeur. Mais cette faiblesse ne doit pas effrayer leurs appareils car les citoyens sont prêts à s’y investir ou à leur faire confiance si, toutefois, ils acceptent de dialoguer avec eux, dans la transparence. La gauche politique doit entrer en résonance avec le mouvement social, c’est la seule façon pour elle et lui d’ébranler l’emprise de l’idéologie libérale dominante sur l’ensemble des politiques publiques à travers le monde. L’intervention sur les lieux de la mobilisation à la Sorbonne de Bariza Khiari , sénatrice de Paris, Henri Weber, député européen, et Jean-Luc Mélenchon, sénateur de l’Essonne, tous socialistes, va dans ce sens et contraste avec les réactions cantonnées et très habituelles des responsables de la rue de Solférino.

 

 

 

 

 

 

Pour engager sereinement ce débat d’une part, pour éviter les guerres de clocher stériles d’autre part, la gauche se doit d’être rassemblée autour d’une dé marc he et d’objectifs communs : bâtir une gauche solide grâce au soutien populaire, une gauche résolue à battre la droite pour changer la vie réellement. Elle ne le fera que si elle envisage sérieusement une remise en cause profonde de ses choix passés. Il n’est pas totalement impossible que cette nouvelle méthode d’élaboration d’un projet politique véritablement alternatif et profondément ambitieux, engendre quelques mouvements à gauche, voire certains bouleversements. Mais la gauche n’a pas à avoir peur d’elle-même. Et les révolutions de palais n’ont pas toujours mis en cause ceux qui s’y baladaient. Nous le savons tous, pour que la gauche gagne en 2007, ou avant, elle doit être rassemblée, sans exclusive, autour d’un projet ancré à gauche, mobilisateur, émancipateur. Le jeu de nos institutions l’exige – il faudra d’ailleurs le réformer sur ce point – ce rassemblement s’opérant autour d’un projet, il s’incarnera inévitablement dans une personnalité faite de chair et d’os. Il n’est pas prématuré pour les uns et les autres, tout en participant activement à l’édification de la doctrine de la gauche du 21ème siècle, de faire part de leur sentiment sur le meilleur candidat possible pour l’union des gauches. Jean-Pierre Chevènement a fait le sien. Il démontre qu’il est possible de dépasser les clivages partisans, voire les ambitions personnelles, pour faire prévaloir l’intérêt général. A ses yeux, comme à ceux de militants progressistes de plus en plus nombreux, Laurent Fabius est celui-là. Cette question est importante car, dans la seconde hypothèse que nous décrivions, il serait catastrophique que la gauche se trouve divisée, dépourvue d’une voix crédible et suffisamment forte pour se faire entendre efficacement par une France en souffrance. Il ne s’agit pas de déléguer son pouvoir de citoyen à un homme providentiel, mais d’accorder sa confiance, dans l’échange et le dialogue permanents, à celui ou celle qui devra se faire le ou la porte parole dans l’action des aspirations populaires. L’urgence sociale impose au camp du progrès de s’organiser vite, de le faire dans la confrontation des idées, avec les citoyens, avec pour objectifs de définir un projet commun et de mettre en valeur toutes celles et tous ceux qui seront capables de le réaliser au nom du peuple et avec lui. De ce point de vue, le bon candidat à l’élection présidentielle ne sera pas celui qui affirmera péremptoirement détenir les clés d’un nouveau socialisme de collaboration avec le capital ou qui se référera aux sociaux- démocrates européens pour combler son absence de proposition pertinente. Ile ne pourra pas non plus être le seul résultat de l’application des principes de Pavlov ou de Panurge dans les cercles restreints formés par quelques troupeaux de militants conditionnés. La bonne personnalité sera celle qui, avec toute la gauche, au-delà des identités actuelles, parviendra à créer les conditions du renversement de l’ordre établi pour restaurer la République laïque et sociale et promouvoir ce modèle à travers l’Europe et le monde. En Amérique du Sud, mais aussi en Afrique, des mouvements similaires s’opèrent. L’ensemble de la gauche française, le candidat qu’elle se choisira pour l’élection présidentielle et les candidats qu’elle investira pour les élections législatives puis locales, devront avoir à l’esprit que si leur combat se mène dans un cadre national, sa portée est mondiale. La France, grâce à la gauche, a vocation à redevenir la Nation des Lumières et des Révolutions, celle qui est aux cotés des peuples qui souffrent contre les puissances économiques ou politiques qui les oppressent. La gauche française l’a prouvé le 29 mai, son message rayonne par-delà les frontières. Sinon, elle ne sert à rien. Là encore, seule une personnalité ayant exercé les plus hautes fonctions de l’Etat et ayant fait la preuve de sa volonté de s’opposer frontalement aux logiques libérales et à leurs agents, sera la mieux placée pour le faire. Cette personnalité, dont nous pensons qu’elle s’appelle Laurent Fabius, aura à réaliser ce projet avec toute la gauche et l’ensemble du peuple français.

Guillaume Quercy, Délégué national PS et Secrétaire général JSRAG: www.jeunesagauche.org.

 

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Publié dans Présidentielles 2007

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F
Bravo, Guillaume. On aimerait entendre Laurent Fabius aussi vigoureux et déterminé. Pour l'instant on reste un peu sur sa faim.
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R
Laurent  a été personnellement été avisé de tes observations et m'a chargé de t'en remercier. La première échéance demeure dans le parti. Il fait environ deux fédérations par semaine. Ses apparitions publiques sont en effet peu nombreuses mais soigneusement préparées et ciblées. Ses positions millimétrées ne sont pas celles d'une star, mais d'un homme d'Etat, donc forcément moins spectaculaire. On peut toujours le regretter. mais la situation de la France lui semble mériter mieux qu'une simple stratégie de markéting. A nous d'en convaincre les militants. Jean-Francis
G
Bravo pour ce texte vigoureux et rafraîchissant. Je signe des deux mains, en particulier le passage sur ce que doivent être le programme et une candidature socialiste aux présidentielles. Enfin du fond, pas de la com vide de contenu. Ca fait du bien!
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