Laurent Fabius dit non à la fusion de GDF et Suez

Publié le par Rassembler à gauche 77

Sur RTL 28 Février 2006 - Suez-Gaz de France : c’est la fusion annoncée et donc, maintenant, attendue. Est-ce une bonne initiative, Laurent Fabius ?

 

 

Ce n’est pas vraiment une fusion. Ce dont il s’agit, c’est que Gaz de France devienne Gaz de Suez.

 

 

Et alors ? C’est bien ou ce n’est pas bien ?

 

 

Concrètement, cela veut dire qu’une entreprise publique, Gaz de France, va être absorbée par une entreprise privée, Suez, et va introduire une concurrence énorme avec une autre grande entreprise publique : E.D.F. Je ne suis pas d’accord avec cette opération pour trois grandes raisons. D’abord, parce qu’elle contredit absolument les engagements pris par les pouvoirs publics, et la concertation nécessaire. De ce point de vue-là : triple zéro. Deuxièmement, parce que, sur le plan de l’emploi, quoi qu’on en dise, cela va avoir des conséquences lourdes. Vous savez sans doute qu’il y a, par exemple, des personnels communs entre E.D.F et G.D.F : il y en a 58.000. Evidemment, cela va poser des problèmes. Et, troisièmement - et c’est peut-être la chose la plus importante par rapport, notamment, à ce que disait Alain Duhamel, tout à l’heure - sur le plan industriel, je pense que ce n’est pas cela le projet intéressant. Pour Gaz de France, c’est quoi la difficulté ? C’est une grande entreprise gazière, mais qui n’a pas de ressources gazières. Et, de ce point de vue-là, l’opération n’aura rien de bon. En plus, on dit : "Il va y avoir une fusion entre les deux". Mais, quand on regarde la façon dont cela va se passer : c’est Suez qui, en fait, prend le contrôle de Gaz de France. Le président - qui est d’ailleurs un homme tout à fait estimable - prévu, sera le président de Suez et, la réalité, c’est que cela va mettre à mal à la fois Gaz de France et E.D.F. Et donc, on n’a pas avancé. Si cette opération n’avait pas existé, Suez serait peut-être pris, contrôlé par le géant italien de l’énergie, Enel. C’est pourquoi, il faut faire des contre-propositions, Monsieur Aphatie.

 

 

Vous qui avez appelé à voter "non" au référendum européen, au motif que le libéralisme qui régnait en Europe n’était pas une bonne chose. Peut-être que c’est assez cohérent, du point de vue de ceux qui ont appelé à voter "non", que la France se protège d’une O.P.A venue d’un autre pays européen ?

 

 

Elle ne se protège absolument pas. Je viens de vous dire - mais, peut-être, n’ai-je pas été assez clair - qu’en réalité, c’est Suez qui prend le contrôle de Gaz de France. Alors, il ne faut pas en rester à cette critique : il y a des contre-propositions à examiner. Je suis sûr que les syndicats et d’autres sont en train d’y réfléchir. Mais on peut penser à deux formes, parce que je ne suis pas un théoricien : je connais bien ces problèmes. D’abord, sur le plan défensif. Il faut savoir que, dans Suez, il y a des actionnaires aussi importants que la Caisse des Dépôts, que le groupe de la Caisse Nationale de Prévoyance, que le Crédit Agricole, qu’Areva. Donc, il y a des possibilités défensives. Et puis, offensivement : là, c’est ce qu’on appelle "une offre publique d’échange" : mais rien n’empêcherait Gaz de France de lancer une offre publique d’achat, sur Suez, en empruntant, en liaison avec E.D.F. Cela permettrait à la fois de travailler à ce grand rapprochement public dont on a besoin, de prendre un certain contrôle public de l’eau. Bref, nous ne sommes pas condamnés à subir cette opération. Je pense que, dans les semaines qui viennent, puisque l’opération n’est pas terminée - en plus, il peut y avoir un réveil d’un certain nombre de groupes étrangers, notamment un groupe allemand très puissant - donc, les choses ne sont pas terminées et il faut s’y opposer.

 

 

Le patriotisme économique, pour vous qui avez appelé à voter "non" à la Constitution Européenne. Cela ne vous convainc pas ?

 

 

Je suis pour un patriotisme économique européen et français. Mais, en l’occurrence, quand j’entends Monsieur de Villepin dire qu’il s’agit d’une opération de patriotisme économique français, je ne considère pas que privatiser Gaz de France pour être contrôlé par une entreprise privée, au détriment d’E.D.F, ce soit du patriotisme.

Ecouter l'interview sur RTL

 

 

 

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Publié dans Présidentielles 2007

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